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Projet d’Aménagement et de Développement Durable : un état des lieux très incomplet et surprenant !

19/02/2010 Aucun commentaire
Dix ans après le vote de la loi SRU qui l’institue, la municipalité se décide enfin à lancer son Plan local d’Urbanisme (PLU). On pourrait dire « mieux vaut tard que jamais », surtout quand on observe toutes les catastrophes urbaines qui ont été, soit réalisées (ex : extension anarchique de la Duranne), soit planifiées (ex : le Montaiguet) au cours de cette décennie de carence… L’important aujourd’hui est de nous concentrer sur l’avenir, et de faire en sorte qu’une vision globale et cohérente du développement d’Aix émerge enfin, dans le respect de ses habitants et de leur environnement.

Monter un PLU prend du temps. Il faut passer par un certain nombre d’étapes, dont l’une des premières est l’élaboration du Plan d’Aménagement et de Développement Durable (PADD). PADDCe document est essentiel car il exprime le projet de la Ville en matière de développement économique et social, d’environnement et d’urbanisme à l’horizon de 10 à 20 ans. Il s’agit du cadre à l’intérieur duquel le PLU sera conçu et c’est, en quelque sorte, l’acte réellement fondateur de la démarche. Aujourd’hui disponible, ce PADD surprend le lecteur.

Une reprise des critiques de l’opposition

Une fois terminée la lecture de la première partie (le constat), on a l’impression d’avoir raté un épisode entier ! D’une façon purement hallucinante, ce qui est écrit sur 14 pages n’est rien d’autre que la reprise presque mot pour mot d’une grande partie des critiques que l’opposition a faites au Maire lors des précédentes élections de 2008 et 2009. Après avoir martelé partout dans la Ville que son bilan était irréprochable et qu’il n’y avait pas plus écolo qu’elle, le Maire écrit désormais dans son PADD :

« En dehors des grandes opérations d’aménagement urbain des années 1960-70, (…) qui se sont réalisées pour l’essentiel sur les friches industrielles disponibles ou quelques grandes unités foncières, l’extension de l’urbanisation s’est déroulée de manière plus spontanée que planifiée, en fonction des opportunités foncières, maintenant de plus en plus rares pour des opérations de taille significative, et avec une forte proportion d’habitat diffus (zones NB) sur de vastes secteurs dépourvus des équipements de base (eau potable, assainissement, voirie de desserte…) » (p. 3)

« La pérennisation de ce cadre paysager exceptionnel n’est cependant pas compatible avec la poursuite d’un processus d’urbanisation comparable à celui des dernières décennies (sur les dix dernières années, le volume de construction de logements en secteur diffus est quasi équivalent à celui réalisé dans les opérations d’aménagement) qui pourrait conduire à très court terme à la perte de cette identité. Il n’est donc pas trop tard, mais il est urgent d’intervenir sur ce sujet. » (p. 6)

« Depuis les années 1970, le développement d’Aix-en-Provence est donc d’abord économique. Ce dynamisme s’est encore renforcé au cours de la dernière décennie (…) Mais dans le domaine du logement, sur la même période, la construction est restée stable en Pays d’Aix et a baissé dans la commune : 551 logements autorisés par an en moyenne entre 1999 et 2006, chiffre en baisse de 32% par rapport à la période 1990-1999. Le dynamisme économique ajouté à une baisse notable de la taille des ménages (1,96 en 2006) et aux besoins en matière de logements étudiants et sociaux, ont produit une pression évidente sur un parc de logements encore insuffisamment diversifié, et un accroissement des problèmes de déplacement de par l’éloignement du domicile. L’habitat locatif privé est marqué par une certaine rotation ainsi que des prix élevés et en augmentation. La sélectivité induite par l’attractivité de la commune pourrait à terme menacer son dynamisme. » (p. 8 et 9)

« L’envahissement du centre-ville par la voiture est aujourd’hui manifeste ; il est lié à deux facteurs essentiels : l’attractivité propre du centre historique, renforcée par une offre massive de stationnement souterrain et sur voirie, avec en contrepoint, une offre de stationnement périphérique peu développée, et un réseau de transports en commun encore largement perfectible en terme de structuration et de protection par des voies réservées. » (p. 10)

« Le centre historique (70 ha), remarquable pour son patrimoine et son urbanité, identifie la ville et concentre les attentions. L’opération de renouvellement urbain de Sextius-Mirabeau l’a ouvert et étendu vers l’Ouest. Mais en dehors de cette opération, l’animation centrale peine à se diffuser par-delà une ceinture de boulevards peu amènes, aux quartiers de la première couronne. » (p. 13)

« L’ensemble la Duranne – Petit Arbois – Plan d’Aillane – ZA des Milles – Pichaury – La Robolle, avec un potentiel de15.000 à 20.000 habitants et 30.000 emplois, présente la taille d’une ville sans ses attributs. C’est un territoire fragmenté par les infrastructures routières. » (p. 13)

Une nécessité de communiquer différemment

On peut se demander si le maire a enfin compris que son bilan depuis 2002 était tout simplement catastrophique ou si elle se moque de nous ! En fait, la manœuvre est subtile, presqu’habile : plutôt que de continuer à nier ses carences et lacunes, le maire reconnaît officiellement les problèmes afin de pouvoir faire campagne sur son intention de résoudre tous les problèmes rapidement. Son discours du « mon bilan est parfait » ayant du mal à convaincre les Aixois, il fallait donc, en urgence, communiquer différemment.

Cette nouvelle stratégie repose entièrement sur la conviction que les Aixois ne s’intéressent pas aux détails de la vie municipale, qu’ils oublieront vite qui a pris les mauvaises décisions, et qu’au contraire, ils se laisseront berner par ce nouveau discours qui, en apparence, se veut honnête, franc et volontariste. Faire preuve d’autant de mauvaise foi, d’opportunisme, d’irrespect à l’endroit des gens est tout bonnement intolérable…

Un PADD insuffisant quant au constat

Le PADD est et reste absolument insuffisant quant au constat !

On n’y trouve pas un mot sur :
- l’impact des infrastructures actuelles de transport sur la santé,
- l’empreinte écologique et sanitaire des procédés et matériaux de construction utilisés pour le développement urbain,
- l’état hautement dégradé de nos rivières et sources d’eau,
- l’évaluation des dégats causés par les pesticides et les pollutions diverses sur nos terrains agricoles,
- l’effondrement de la qualité de vie de nos étudiants et, plus généralement des jeunes générations,
- l’augmentation de la pauvreté et de l’exclusion sociale à Aix,
- les relations entre Aix et les territoires voisins,
… (liste non exhaustive)

Ce PADD est tout au plus un rapide condensé de toutes les principales critiques formulées depuis 8 ans à l’encrontre de la gestion de la municipalité actuelle. Finalement, la question n’est pas de savoir si le revirement du Maire est sincère ou pas, les 14 premières pages de constat nous apprennent surtout qu’elle n’a toujours pas compris ce qu’était le développement durable, la complexité des enjeux qui y sont attachés et la profondeur de l’analyse qui devait être menée pour faire les choses comme il faut. Nous restons très, très loin du compte !

Benoît Petit